LES TRAITEMENTS DE SURFACES
(texte extrait du livre "Traitements de surfaces -
Epuration des eaux" édité par le SITS en février 2002)
Les polluants engendrés par l'activité des traitements de surfaces
modifient quantitativement, de par leur rejet, les constituants des milieux naturels
récepteurs. L'impact de ces pollutions sur les écosystèmes se manifeste de différentes
manières.
En effet, certains polluants tels que es métaux sont susceptibles, en
fonction de leur forme chimique et de leur flux, d'être toxiques
de façon immédiate envers un être vivant. C'est ainsi que le rejet de bains
concentrés peut être à l'origine d'une pollution accidentelle. Celle-ci se traduit
souvent jusqu'à la mortalité des espèces dont la dose
létale spécifique est atteinte.
Cependant, les effets indirects et différés sur les biocoenoses sont les
phénomènes les plus difficiles à appréhender. Ils concernent les interférences liées
aux conditions physico-chimiques et (ou) biologiques du milieu et à la présence de
substances anthropogéniques diverses et qui sont susceptibles :
- d'annihiler ou d'exalter la toxicité de certaines de ces substances,
- de faire apparaître des déséquilibres favorisant certaines espèces mais néfastes
à la plupart des autres (développement spectaculaire d'espèces végétales au détriment
d'autres populations en présence de phosphates, de nitrates).
Ils concernent également le risque de toxicité à
long terme dû à l'accumulation de substances non métabolisées ou non éliminées.
L'impact des pollutions décrit précédemment conditionne le choix d'une
filière d'épuration et de la destination d'un rejet. En effet, un effluent qui
respecte des valeurs limites fixées par la réglementation, même s'il présente une
toxicité aiguë fortement réduite par rapport à l'effluent non traité, n'est pas
inoffensif : il contient encore, à faible teneur, des métaux et les polluants ne
pouvant être éliminés par la filière d'épuration appliquée (en particulier DCO et sels).
pour un milieu naturel :
- la nature et le flux des polluants,
- le débit du rejet,
- l'état actuel du milieu et les objectifs d'amélioration de sa qualité,
- l'hydraulique du cours d'eau.
pour un raccordement sur une station d'épuration communale :
- la nature et le flux des polluants,
- le débit de rejet,
- la capacité de traitement de l'ouvrage collectif.
Tout rejet par infiltration est interdit,
même après épuration.
Dans le cas d'un milieu "sensible", les valeurs-limites, en terme de
flux, peuvent être plus restrictives que celles de l'arrêté du 26 septembre 1985 et
le rejet direct en rivière des effluents traités peut être remis en cause.
(…)
Toutes les problématiques énoncées mènent à porter une attention
particulière au regard de la contamination métallique
compte tenu de son caractère toxique, rémanent et des phénomènes de bioaccumulation.
Les contaminations de l'air, des milieux terrestres et aquatiques d'une
part, et l'hygiène dans l'environnement immédiat de l'homme d'autre part, ne relèvent
pas de deux mondes indépendants. Ils appartiennent au même cycle, ne serait-ce que par
les "chaînes alimentaires".
Cyanure => empêche la fixation de l'oxygène ; atteint le système nerveux central puis paralyse les centres respiratoires,
Cadmium => atteinte sélective des reins et du foie avec troubles enzymatiques,
Chrome => ralentissement de croissance, atteintes hépatique et rénale,
Plomb => atteint particulièrement l'enfant, anomalies biochimiques et saturnisme,
Cuivre => gastro-entérites, cirrhose du foie, nécroses et scléroses.
(…)
Les pollutions et les nuisances engendrées par les traitements de surfaces
découlent essentiellement de l'utilisation et de la manipulation de produits toxiques,
ce qui nécessite par ailleurs l'adoption de mesures strictes
et d'hygiène dans les ateliers. En ce qui concerne la
pollution des eaux, une partie des polluants est entraînée par les pièces vers les
différents rinçages ; une autre partie est évacuée avec les bains usés, qui sont
vidangés lorsqu'ils ne contiennent plus suffisamment d'éléments actifs. Les principaux
polluants susceptibles d'être émis, en fonction des activités exercées, sont des
métaux (cadmium, chrome, nickel, cuivre, zinc, étain, …)
et des composés tels que les cyanures, les fluorures, le
phosphore, les acides et les bases. Ces polluants, rejetés sous des formes assez
facilement assimilables par la faune et la flore, sont non seulement caractérisés par
une toxicité aiguë souvent élevée, mais également, pour
certains d'entre eux, par des effets cumulatifs tout au
long de la chaîne alimentaire (bioaccumulation).
(…)
Les traitements de surfaces sont directement ou indirectement soumis à
diverses dispositions réglementaires, notamment celles
découlant de la loi sur les installations classées pour la protection de
l'environnement, mais aussi de la loi sur l'eau, ou encore de la loi sur les produits
chimiques. Par ailleurs, des dispositions d'urbanisme peuvent éventuellement
être opposées à l'implantation d'un atelier de traitements de surfaces.
L'industrie des traitements de surfaces produit des quantités importantes
de boues d'hydroxydes métalliques, qui constituent des déchets
industriels spéciaux (DIS) au sens du décret n°97-517 du 15 mai 1997 relatif à
la classification des déchets dangereux. Quelque 175 000 tonnes/an
de boues d'hydroxydes sont produites par la France et environ
1 000 000 tonnes/an par l'Union européenne (source : Cetim).
Réduire à la source la production de déchets est impératif. A cet effet,
plus de 1 800 entreprises, tous secteurs confondus (dont 500 pour la mécanique et
les traitements de surfaces), ont réalisé à la demande du ministère de l'Environnement
des études approfondies sur la nature et les
caractéristiques des déchets ainsi que sur les moyens à mettre en œuvre pour réduire
leur production (études déchets, circulaire du 18 décembre 1990).
Les déchets issus du traitement des effluents liquides conduisent à la
formation de boues qui regroupent l'essentiel des
composés toxiques. Celles-ci, en tant que déchets industriels spéciaux, doivent être
éliminées en centre de stockage de déchets ultimes et stabilisés. La mise en
décharge des déchets industriels fait l'objet des arrêtés ministériels du 18
décembre 1992. A ce jour, les boues d'hydroxydes métalliques des activités de
traitements de surfaces doivent satisfaire aux critères
d'admission résumés dans le tableau ci-contre.